mercredi 27 avril 2011

ÉLECTIONS FÉDÉRALES 2011 : SEUL LAYTON PEUT PRÉTENDRE INCARNER UN RENOUVEAU OU UN CHANGEMENT RÉEL



Jack Layton et le NPD sont en hausse dans les sondages à la veille de l'élection générale du 2 mai au Canada. Pourtant, les récents problèmes de santé du chef des Néo-Démocrates faisaient en sorte que c'est cette formation politique qui avait le moins intérêt à faire face à un scrutin au moment présent. Les observateurs de la scène politique ne donnaient pas cher de leur peau et certains évoquaient même la quasi-disparition de ce parti aux idées gauchistes. Mais voilà, un vent de changement souffle dans quelques régions du pays, y compris au Québec. Les gens sont cyniques envers les vieux partis qu'ils jugent corrompus ou à la solde des puissances d'argent. Un bon nombre de Québécois semblent s'être lassés du Bloc et de ce que Gilles Duceppe peut leur apporter concrètement. Encore pris dans les relents de la dernière récession, les Conservateurs ne parlent que de reprise économique, d'autant plus que le Premier Ministre Harper est dans son élément quand il discourt là-dessus, puisqu'il est économiste de formation. Mais il n'y a pas que des enjeux économiques dans notre société. Les difficultés de notre système de santé, les problèmes sociaux et la qualité de notre environnement préoccupent également les Canadiens. Les Libéraux parlent du gaspillage des fonds publics et du manque d'éthique du gouvernement, mais ils ne sont guère crédibles puisque la population les associe encore au scandale des commandites. Leur chef Michael Ignatieff ne semble pas non plus passer la rampe auprès du public. Il a manifestement un problème d'image.

Le Bloc et le PLC sont vraiment en difficultés pour qu'ils jugent nécessaires de lancer un SOS à de vieux politiciens dépassés comme Jacques Parizeau et Jean Chrétien. Si, comme les Américains avec Obama aux USA, les Canadiens veulent du changement, ce n'est pas en ramenant en avant-scène de tels dinosaures que les bloquistes et les libéraux vont séduire l'électorat. Les Conservateurs ont une base électorale solide dans l'Ouest et ils pourraient même faire des gains en Ontario en raison de la faiblesse des Libéraux. C'est aussi dans ces régions que leur discours économique sera le mieux reçu parce que c'est là que le gouvernement s'est montré le plus généreux (subventions aux pétrolières et aide au redressement de l'industrie de l'automobile). Mais ailleurs, dans les coins les moins favorisés du pays, le programme du NPD, axé sur une meilleure redistribution de la richesse collective et une amélioration des mesures sociales, trouvera des partisans. Surtout après la récession que nous avons connue et qui a laissé des traces. Comme le disait Layton durant les débats télévisés plus tôt dans la campagne électorale, tout est une question de priorité, de ce que l'on fait avec l'argent des taxes et des impôts. Je crois qu'il a cogné sur le bon clou en disant que les vieux partis sont au service des grosses entreprises et des mieux nantis de notre société. Layton semble sympathique aux yeux des gens ordinaires alors que Harper et Ignatieff semblent froids et mal à l'aise en public. Le chaleureux et accessible "bon Jack" profite de ses talents de populiste pour attirer le vote de l'électorat de la classe la moins bien nantie, de même que celui de la classe moyenne.

Cela fait quand même bizarre de voir que les idées de gauche véhiculées par le NPD trouvent preneurs au moment où celles de la droite semblent si bien ancrées depuis quelques années au Canada. Peut-être que les électeurs voteront surtout pour le chef néo-démocrate sans trop connaître ses orientations politiques ou sa plate-forme électorale. Il est vrai que bien des items de son programme sont flous et difficiles à évaluer en termes de finances publiques. Mais Layton est un politicien chevronné qui, comme Obama chez nos voisins du sud, sait comment parler et comment convaincre le monde ordinaire. Surtout quand les conditions sont bonnes et que le momentum est de son bord. Son autre grand atout, c'est qu'il arrive souvent que des gens blasés et écoeurés votent bien plus contre un gouvernement que pour un nouveau parti. Au niveau national, le NPD n'a pas à défendre un bilan entaché par des scandales et des coches mal taillées puisqu'il n'a jamais été usé par le pouvoir.


L'écrivain français Jean Guéhenno (dans son livre CHANGER LA VIE) a décrit savamment ce phénomène du beau parleur qui sait séduire les masses populaires ou ses interlocuteurs : «Celui qui parle le mieux l'emporte toujours, et c'est un bien bel art que celui de savoir rendre petites les choses grandes et grandes les choses petites, de rester en toutes circonstances, le maître des définitions, et de fixer l'ordre et la règle.»

Layton et le NPD ne remporteront pas l'élection du 2 mai prochain, mais ils risquent d'en être les grands gagnants, eux qui devaient en être les grands perdants. S'ils forment l'opposition officielle à Ottawa (surtout si le gouvernement est minoritaire), je pense que ça peut enrichir la qualité des débat démocratiques à la Chambre des Communes et ça peut aussi favoriser des échanges plus constructifs pour le bien du pays et de ses habitants.


mercredi 8 décembre 2010

LOUIS-JOSÉ HOUDE NE DEVRAIT PAS CHERCHER À VOLER LE SHOW AU GALA DE L'ADISQ...


Il me semble que les artistes québécois ont peu d'occasions de faire valoir leurs talents par le truchement de la télévision. Compte tenu de l'importance de la place du petit écran dans nos vies quotidiennes, parce que l'industrie du disque en arrache au Québec, parce que nos musiciens et nos chanteurs ont besoin d'une vitrine pour montrer leur savoir-faire, et parce que la promotion de notre culture est primordiale pour la vitalité de notre communauté francophone d'Amérique, on a pas le droit de gâcher le Gala de l'ADISQ comme on l'a fait encore cette année. Comble de malheur, non seulement on a gaspillé le contenu (en grande partie), mais on a négligé le contenant, le côté technique (éclairage, prise de vue et de son, cadrage, choix des plans ou des champs de vision des caméras, etc). Pour ce genre d'évènement pourtant, jouissant d'une grande exposition devant un vaste auditoire, dans cette industrie où la créativité et la beauté de l'image sont tellement essentielles, ce sont des amateurs qui semblent s'en être occupée dimanche soir à Montréal.

Pour la grande fête de la musique et de la chanson québécoise, le temps devrait être compté et utilisé précieusement afin que les téléspectateurs découvrent ou apprécient à leur juste valeur nos artistes, surtout ceux qui ont des moyens limités pour se faire connaître du grand public, et pour qui c'est d'autant plus vital. Dans ces circonstances, comment expliquer qu'on laisse la scène pendant la moitié du temps à un humoriste déjà plein aux as comme Louis-José Houde ? A-t-on vraiment besoin de donner une grosse partie du budget du Gala à un pitre qui n'est même pas drôle, qui improvise des conneries et semble là pour régler des comptes personnels (son histoire de billets sur le net, etc) ? On se plaint déjà que les humoristes occupent une trop grande place dans le show bizz québécois, pourquoi en rajouter au gala des artistes ? Il n'y a pas assez de bons animateurs de télé ou de radio, il n'y a pas suffisamment d'interprètes, de chanteurs, d'auteurs ou de compositeurs (dont la communication est justement le métier) pour présenter ce spectacle et honorer les gens de l'industrie ? Au Gala des Oliviers (humoristes), est-ce que l'on confie l'animation à Marie-Mai ou à Fred Pellerin ? Houde était perdu dans ses farces plates et il n'était même pas capable d'enchaîner, de faire des liens entre les parties du show, de faire des présentations qui se tiennent ou des transitions intelligentes. Vivement un changement d'animateur pour le prochain gala. La farce plate de Houde a déjà trop durée... C'est n'importe quoi, et de la pire espèce...


Je trouve que l'on perd aussi du temps avec l'interminable défilé des présentateurs de trophées. En mettant l'accent sur les nominés (ce qui serait tout naturel et logique de faire) on pourrait avoir davantage recours à des présentations audio-visuelles des artistes en montrant des extraits d'entrevues, de spectacles, de témoignages d'amis, de parents, de gens du métier ou du public. En ce qui concerne les dix chansons les plus populaires de l'année, qui sont les mieux placés pour les chanter que leurs interprètes eux-mêmes, quitte à se faire accompagner par d'autres chanteurs qui ajoutent vraiment quelque chose de bien au produit original ? En même temps, on aimerait savoir ce qui a inspiré ces mélodies ou comment leurs interprètes les comprennent ou les sentent...

Au-delà du choix des gagnants des Félix, pour lequel on est d'accord ou pas selon nos goûts personnels, les amateurs de musique et de chansons veulent découvrir ou en savoir plus sur des artistes qu'ils n'ont peut-être pas la chance ou le temps d'apprendre à connaître. Quelques éléments de biographie, les propres mots des artistes pour se décrire eux-mêmes et nous faire partager leur vision de l'art ou de la vie, ne seraient pas superflus. Dans ces vidéos, on pourrait aussi afficher ou mentionner les principaux collaborateurs, gérants ou employés des maisons de disque que les artistes prennent trop de temps à énumérer lors de leur trop long discours de remerciements. Ce serait encore du temps de sauvé...pour la qualité du contenu du gala.

Certains diront que ces remarques sont des voeux pieux et que ça ne fonctionne pas comme ça dans le show bizz québécois. L'ADISQ c'est une petite chapelle d'initiés qui ne récompensent que ceux qui payent pour en faire partie. Ce n'est surtout pas un organisme qui reflète la réalité de l'industrie du disque et du spectacle au Québec... Je le sais. Tous les genres musicaux, les communautés ethniques ou les artistes en émergence ne peuvent en faire partie. Hélas ! On en est réduit à ergoter sur un mystère aussi oiseux que l'oeuf ou la poule pour expliquer pourquoi Nicole Martin ou Chantal Pary, qui sont disparues de la scène depuis trente ans, occupent les premières places du palmarès des ventes d'albums au Québec avec les reprises de leurs anciennes chansons. Peut-être que si, par le tremplin d'évènements comme des galas d'artistes, on donnait l'opportunité à des jeunes de percer ou de s'affirmer davantage sur la scène musicale, ce serait ces nouveaux talents qui vendraient le plus le fruit de leur labeur.

Bref, pour la fête télévisée de la musique et de la chanson : donnez le micro et la scène aux vrais artistes, à ceux qui ont quelque chose de bon, de neuf et d'original à proposer. Ne laissez pas le plancher aux bouffons animateurs et aux "m'as-tu vu" présentateurs, trop contents de voler le show !


mercredi 25 août 2010

«LA BARBARIE PLUTÔT QUE L'ENNUI» - Théophile Gautier


«Mieux vaut être fou avec tous que sage tout seul.»
Baltasar Gracian Y Morales

La folie gagne, on dirait. Du moins sur nos routes. De plus en plus de cas de rage au volant. Des cyclistes intimidés, menacés, frappés, tués par des automobilistes. Des piétons indisciplinés, fauchés par tout ce qui roule à moteur ou à vélo. La grosse mode est à la désobéissance civile. «Moi je suis spécial et je n'ai pas de temps à perdre. Rien ni personne ne m'arrêtera. Je suis au-dessus des lois et des règlements. Je veux faire ce que je veux et quand je le veux. La route m'appartient. Tassez-vous de là ! Fuck you all.»

Évidemment, ce credo individualiste et libertaire se heurte à ce que l'on appelle les agents de la paix ou les forces de l'ordre, chargés de faire appliquer les lois au nom de la justice et du droit commun. À moins qu'ils n'arrivent trop tard, une fois que des accidents criminels ont coûté la vie à d'innocentes victimes. Frustrés par leur soif inassouvie d'anarchie couvant un désir de toute-puissance vestige d'un vieux fond de brutalité animale, nos hors-la-loi trouvent de plus en plus un exutoire dans des loisirs violents en participant ou en assistant à des "shows de boucane" ou des derbys de démolition.


Ces manifestations de violence ont surtout lieu dans les campagnes ou dans de petites municipalités en région. Il ne s'agit plus seulement de jeunes en peine de leur peau et de leurs dix doigts qui s'excitent au fond d'un rang ou sur un terrain de stationnement en faisant crisser les pneus de leur bagnole et en se ramassant parfois dans le fossé. Non, ce sont maintenant des spectacles organisés par des gens dans la quarantaine ou dans la cinquantaine, qui retombent en enfance, dans le sens primitif et débile du terme. On assiste à des orgies de métal tordue, de bruit infernal, de violence barbare, de démonstrations de stupidité, d'émanation de gaz et de pollution, de boucane du diable, de caoutchouc brûlé, de colons en rut, acclamés par des foules trépignantes et hystériques. Les participants à ces grands-messes du crétinisme aigu justifient leur comportement de malades mentaux en plaidant que, à défaut de pouvoir le faire sur les routes, ils doivent "lâcher leur fou" ailleurs. Ces foires de "scrapage" de voitures-bulldozers sont des rendez-vous parfaits pour faire ce qu'ils rêvent souvent (en secret) de faire sur la voie publique. Et de toute façon, c'est tellement plate dans leur petit bled, ça leur donne une chance de tromper l'ennui en amusant le peuple désoeuvré.


Le pire, c'est que ces caves idiotifient et asphyxient leur marmaille dès le plus jeune âge en les faisant assister, en poussette, à ces festivals de "je-te-rentre-dedans-tu-me-rentres-dedans-tiens-toi" ! Croyez-vous vraiment que ces enfants deviendront des citoyens responsables et paisibles en cherchant à imiter leurs parents violents et pollueurs ? La violence engendre la violence, c'est bien connu. Ô adrénaline, que de conneries on fait en ton nom !

Encore pire que ça, l'abomination de la désolation c'est que des politiciens et des meneurs d'opinion publique, comme des animateurs de radio vedettes, joignent maintenant les rangs de ceux qui abêtissent la race humaine par leur délinquance condamnable. Sous prétexte de rejoindre leur électorat ou leur auditoire là où il se trouve, ces gens opportunistes, en mal de popularité, devraient plutôt être des exemples de personnes civilisées et non violentes, au lieu de se livrer à des actions dégradantes en s'en donnant à coeur joie dans ces oeuvres grotesques de destruction massive... Il faut être naïfs pour croire, qu'au sortir de ces séances d'éructations, de défoulement et d'énervement, les acteurs et les spectateurs qui y ont pris part se sentiront soulagés et satisfaits, et qu'ils ne seront pas portés à s'exciter lorsqu'ils prendront la route pour retourner chez eux. Parlez-en aux imitateurs de Gilles Villeneuve qui font des excès de vitesse et veulent dépasser tout le monde après chaque Grand Prix de Formule 1 de Montréal...

«L'ennui avec nos hommes politiques, c'est qu'on croit faire leur caricature, alors qu'on fait leur portrait.» - Sennep (Potins de la Commère)