mercredi 8 décembre 2010

LOUIS-JOSÉ HOUDE NE DEVRAIT PAS CHERCHER À VOLER LE SHOW AU GALA DE L'ADISQ...


Il me semble que les artistes québécois ont peu d'occasions de faire valoir leurs talents par le truchement de la télévision. Compte tenu de l'importance de la place du petit écran dans nos vies quotidiennes, parce que l'industrie du disque en arrache au Québec, parce que nos musiciens et nos chanteurs ont besoin d'une vitrine pour montrer leur savoir-faire, et parce que la promotion de notre culture est primordiale pour la vitalité de notre communauté francophone d'Amérique, on a pas le droit de gâcher le Gala de l'ADISQ comme on l'a fait encore cette année. Comble de malheur, non seulement on a gaspillé le contenu (en grande partie), mais on a négligé le contenant, le côté technique (éclairage, prise de vue et de son, cadrage, choix des plans ou des champs de vision des caméras, etc). Pour ce genre d'évènement pourtant, jouissant d'une grande exposition devant un vaste auditoire, dans cette industrie où la créativité et la beauté de l'image sont tellement essentielles, ce sont des amateurs qui semblent s'en être occupée dimanche soir à Montréal.

Pour la grande fête de la musique et de la chanson québécoise, le temps devrait être compté et utilisé précieusement afin que les téléspectateurs découvrent ou apprécient à leur juste valeur nos artistes, surtout ceux qui ont des moyens limités pour se faire connaître du grand public, et pour qui c'est d'autant plus vital. Dans ces circonstances, comment expliquer qu'on laisse la scène pendant la moitié du temps à un humoriste déjà plein aux as comme Louis-José Houde ? A-t-on vraiment besoin de donner une grosse partie du budget du Gala à un pitre qui n'est même pas drôle, qui improvise des conneries et semble là pour régler des comptes personnels (son histoire de billets sur le net, etc) ? On se plaint déjà que les humoristes occupent une trop grande place dans le show bizz québécois, pourquoi en rajouter au gala des artistes ? Il n'y a pas assez de bons animateurs de télé ou de radio, il n'y a pas suffisamment d'interprètes, de chanteurs, d'auteurs ou de compositeurs (dont la communication est justement le métier) pour présenter ce spectacle et honorer les gens de l'industrie ? Au Gala des Oliviers (humoristes), est-ce que l'on confie l'animation à Marie-Mai ou à Fred Pellerin ? Houde était perdu dans ses farces plates et il n'était même pas capable d'enchaîner, de faire des liens entre les parties du show, de faire des présentations qui se tiennent ou des transitions intelligentes. Vivement un changement d'animateur pour le prochain gala. La farce plate de Houde a déjà trop durée... C'est n'importe quoi, et de la pire espèce...


Je trouve que l'on perd aussi du temps avec l'interminable défilé des présentateurs de trophées. En mettant l'accent sur les nominés (ce qui serait tout naturel et logique de faire) on pourrait avoir davantage recours à des présentations audio-visuelles des artistes en montrant des extraits d'entrevues, de spectacles, de témoignages d'amis, de parents, de gens du métier ou du public. En ce qui concerne les dix chansons les plus populaires de l'année, qui sont les mieux placés pour les chanter que leurs interprètes eux-mêmes, quitte à se faire accompagner par d'autres chanteurs qui ajoutent vraiment quelque chose de bien au produit original ? En même temps, on aimerait savoir ce qui a inspiré ces mélodies ou comment leurs interprètes les comprennent ou les sentent...

Au-delà du choix des gagnants des Félix, pour lequel on est d'accord ou pas selon nos goûts personnels, les amateurs de musique et de chansons veulent découvrir ou en savoir plus sur des artistes qu'ils n'ont peut-être pas la chance ou le temps d'apprendre à connaître. Quelques éléments de biographie, les propres mots des artistes pour se décrire eux-mêmes et nous faire partager leur vision de l'art ou de la vie, ne seraient pas superflus. Dans ces vidéos, on pourrait aussi afficher ou mentionner les principaux collaborateurs, gérants ou employés des maisons de disque que les artistes prennent trop de temps à énumérer lors de leur trop long discours de remerciements. Ce serait encore du temps de sauvé...pour la qualité du contenu du gala.

Certains diront que ces remarques sont des voeux pieux et que ça ne fonctionne pas comme ça dans le show bizz québécois. L'ADISQ c'est une petite chapelle d'initiés qui ne récompensent que ceux qui payent pour en faire partie. Ce n'est surtout pas un organisme qui reflète la réalité de l'industrie du disque et du spectacle au Québec... Je le sais. Tous les genres musicaux, les communautés ethniques ou les artistes en émergence ne peuvent en faire partie. Hélas ! On en est réduit à ergoter sur un mystère aussi oiseux que l'oeuf ou la poule pour expliquer pourquoi Nicole Martin ou Chantal Pary, qui sont disparues de la scène depuis trente ans, occupent les premières places du palmarès des ventes d'albums au Québec avec les reprises de leurs anciennes chansons. Peut-être que si, par le tremplin d'évènements comme des galas d'artistes, on donnait l'opportunité à des jeunes de percer ou de s'affirmer davantage sur la scène musicale, ce serait ces nouveaux talents qui vendraient le plus le fruit de leur labeur.

Bref, pour la fête télévisée de la musique et de la chanson : donnez le micro et la scène aux vrais artistes, à ceux qui ont quelque chose de bon, de neuf et d'original à proposer. Ne laissez pas le plancher aux bouffons animateurs et aux "m'as-tu vu" présentateurs, trop contents de voler le show !


mercredi 25 août 2010

«LA BARBARIE PLUTÔT QUE L'ENNUI» - Théophile Gautier


«Mieux vaut être fou avec tous que sage tout seul.»
Baltasar Gracian Y Morales

La folie gagne, on dirait. Du moins sur nos routes. De plus en plus de cas de rage au volant. Des cyclistes intimidés, menacés, frappés, tués par des automobilistes. Des piétons indisciplinés, fauchés par tout ce qui roule à moteur ou à vélo. La grosse mode est à la désobéissance civile. «Moi je suis spécial et je n'ai pas de temps à perdre. Rien ni personne ne m'arrêtera. Je suis au-dessus des lois et des règlements. Je veux faire ce que je veux et quand je le veux. La route m'appartient. Tassez-vous de là ! Fuck you all.»

Évidemment, ce credo individualiste et libertaire se heurte à ce que l'on appelle les agents de la paix ou les forces de l'ordre, chargés de faire appliquer les lois au nom de la justice et du droit commun. À moins qu'ils n'arrivent trop tard, une fois que des accidents criminels ont coûté la vie à d'innocentes victimes. Frustrés par leur soif inassouvie d'anarchie couvant un désir de toute-puissance vestige d'un vieux fond de brutalité animale, nos hors-la-loi trouvent de plus en plus un exutoire dans des loisirs violents en participant ou en assistant à des "shows de boucane" ou des derbys de démolition.


Ces manifestations de violence ont surtout lieu dans les campagnes ou dans de petites municipalités en région. Il ne s'agit plus seulement de jeunes en peine de leur peau et de leurs dix doigts qui s'excitent au fond d'un rang ou sur un terrain de stationnement en faisant crisser les pneus de leur bagnole et en se ramassant parfois dans le fossé. Non, ce sont maintenant des spectacles organisés par des gens dans la quarantaine ou dans la cinquantaine, qui retombent en enfance, dans le sens primitif et débile du terme. On assiste à des orgies de métal tordue, de bruit infernal, de violence barbare, de démonstrations de stupidité, d'émanation de gaz et de pollution, de boucane du diable, de caoutchouc brûlé, de colons en rut, acclamés par des foules trépignantes et hystériques. Les participants à ces grands-messes du crétinisme aigu justifient leur comportement de malades mentaux en plaidant que, à défaut de pouvoir le faire sur les routes, ils doivent "lâcher leur fou" ailleurs. Ces foires de "scrapage" de voitures-bulldozers sont des rendez-vous parfaits pour faire ce qu'ils rêvent souvent (en secret) de faire sur la voie publique. Et de toute façon, c'est tellement plate dans leur petit bled, ça leur donne une chance de tromper l'ennui en amusant le peuple désoeuvré.


Le pire, c'est que ces caves idiotifient et asphyxient leur marmaille dès le plus jeune âge en les faisant assister, en poussette, à ces festivals de "je-te-rentre-dedans-tu-me-rentres-dedans-tiens-toi" ! Croyez-vous vraiment que ces enfants deviendront des citoyens responsables et paisibles en cherchant à imiter leurs parents violents et pollueurs ? La violence engendre la violence, c'est bien connu. Ô adrénaline, que de conneries on fait en ton nom !

Encore pire que ça, l'abomination de la désolation c'est que des politiciens et des meneurs d'opinion publique, comme des animateurs de radio vedettes, joignent maintenant les rangs de ceux qui abêtissent la race humaine par leur délinquance condamnable. Sous prétexte de rejoindre leur électorat ou leur auditoire là où il se trouve, ces gens opportunistes, en mal de popularité, devraient plutôt être des exemples de personnes civilisées et non violentes, au lieu de se livrer à des actions dégradantes en s'en donnant à coeur joie dans ces oeuvres grotesques de destruction massive... Il faut être naïfs pour croire, qu'au sortir de ces séances d'éructations, de défoulement et d'énervement, les acteurs et les spectateurs qui y ont pris part se sentiront soulagés et satisfaits, et qu'ils ne seront pas portés à s'exciter lorsqu'ils prendront la route pour retourner chez eux. Parlez-en aux imitateurs de Gilles Villeneuve qui font des excès de vitesse et veulent dépasser tout le monde après chaque Grand Prix de Formule 1 de Montréal...

«L'ennui avec nos hommes politiques, c'est qu'on croit faire leur caricature, alors qu'on fait leur portrait.» - Sennep (Potins de la Commère)




jeudi 6 mai 2010

À QUOI SERT LE POUVOIR SI L'ON NE PEUT PAS EN ABUSER ?


Pour demeurer sain d'esprit, il ne faudrait pas y penser. Et de fait, ici comme ailleurs, on y pense de moins en moins...à ces malades qui nous gouvernent. Le taux de votation aux élections générales est à la baisse un peu partout. Dans certains pays démocratiques, il est même tombé sous la barre des 50%. On a beau dire que si les citoyens ne s'occupent plus de la politique, la politique s'occupera d'eux, et pas nécessairement dans leur intérêt, cela ne semble pas convaincre beaucoup de gens, encore moins les plus jeunes. On prétend également qu'en ne se rendant pas voter aux élections, les contribuables ne devraient pas avoir le droit de "chiâler" contre les gouvernements. Mais ça ne les empêchera pas de le faire quand même.

Mais comment ne pas être écoeurés des luttes de pouvoir qui conduisent à des abus, des scandales, et des injustices qui éclatent parfois au grand jour mais qui ne représentent peut-être que la pointe de l'iceberg. Peu importe, blasés comme ils le sont, les cochons payeurs de taxes aiment mieux ne pas trop connaître la profondeur de la pourriture morale de leurs administrations publiques. Ce qu'on ne sait pas ne fait pas mal. À moins que le pouvoir politique dépasse les bornes et qu'il heurte directement les gens en les faisant payer très cher pour sa mauvaise administration, son incompétence et sa malhonnêteté, comme c'est le cas du gouvernement de la Grèce, ces jours-ci.


Ah ! Nous ne sommes plus au temps des tyrans qui terrorisaient les populations de l'antiquité. Nous sommes loins des barbares qui pillaient l'Europe au moyen âge. Nous n'avons plus affaires aux dictateurs du milieu du 20e siècle, qui ont failli conduire le monde à sa perte. Maurice Duplessis (photo ci-dessus) a utilisé la propagande et des moyens pas très "catholiques" pour manipuler la population du Québec et s'adjuger le pouvoir absolu en soumettant à sa poigne de fer les détenteurs des pouvoirs économiques, judiciaires et religieux. Mais malgré ses méthodes brutales qui inspiraient la peur, le "Cheuf" était encore vénéré par une majorité de Québécois, à sa mort, en 1959, parce qu'il avait imposé son image de "Père de la nation" défenseur des "intérêts supérieurs" de la race. Plus qu'un père, il était pratiquement considéré comme un roi. De fait, sa dévotion à St-Joseph l'aidait à passer pour un souverain de droit divin.

Longtemps après la révolution française qui avait chassé les rois de France, détenteurs d'un pouvoir absolu, les Canadiens français étaient toujours, dans le fond, des admirateurs de la monarchie... D'un homme fort faisant figure de roi. Malgré l'évolution ou le raffinement des moeurs politiques d'aujourd'hui, sommes-nous vraiment à l'abri des abus de cette époque que l'on a baptisé "la grande noirceur" ?


Que pensez de cette première mondiale, en 1996, dans notre beau grand pays démocratique qu'est le Canada, d'un premier ministre (Jean Chrétien) perdant les pédales et s'attaquant personnellement à un manifestant (Bill Clennett) venu contester pacifiquement ses politiques sociales ? Ayant brisé une partie de la dentition de sa victime, le p'tit gars de Shawinigan ne s'est jamais excusé et il a fait payer les dégâts (plus de $ 650) par la GRC, c'est-à-dire, nous-autres. Si vous pouvez vous conduire comme un voyou en vous en prenant physiquement aux gens, vous pouvez faire bien autre chose de mal... Chrétien a mis un terme à sa longue carrière politique (plus de 40 ans) au milieu du célèbre scandale des commandites. Le pouvoir corrompt même les chrétiens, et même le pape !


Le scandale des prêtres pédophiles, qui secoue présentement l'Église, est connu des autorités religieuses depuis plus de quarante ans. Le vrai scandale c'est que les plus hautes instances du pouvoir religieux aient protégé des criminels, souvent en les changeant plusieurs fois de paroisse quand on pensait que les fidèles pouvaient commencer à se douter de leurs méfaits. En faisant ainsi du "cover up", on multipliait le nombre des victimes, dont certaines se sont suicidées ou ont gardé des séquelles graves qui ont ruiné toute leur vie.

Mais dans les années soixante et soixante-dix, la religion exerçait encore une forte emprise sur les esprits, et les victimes qui auraient osé se plaindre auraient été discrédités ou elles auraient été accusées de mentir et de pécher. Elles n'auraient pas pesé lourd à côté du faste de la Sainte Église du temps, chargée de sauver leur âme. Les Québécois étaient des brebis obéissantes, adorant le spectacle des évêques se promenant en grandes pompes dans des décors somptueux, avec leur mitre et leur crosse, sortes d'auréole et de baguette magique. Toujours cette vénération et cet amour baignés de crainte pour des hommes forts, se faisant rassurants par leur toute puissance, comme les roi-dictateurs de la politique.


Dans le même ordre d'idée, mais à un niveau autrement plus élevé et dangereux, l'ex-président américain George W. Bush a lui aussi fait croire n'importe quoi au monde, en cachant la vérité. On cherche encore les fameuses armes de destruction massive qu'il prétendait avoir vu en Iraq, et au nom desquelles tant d'hommes, de femmes et d'enfants ont perdu tragiquement la vie au cours de la guerre que ce mensonge a causée. Et ce n'est là qu'un exemple parmi tant d'autres, de manipulation de l'opinion publique par une machine de propagande bien huilée, bénéficiant de l'aide des médias. Mais les gens aiment ces démonstrations de force sous le couvert de patriotisme anti-terrroriste, de la part de la première super-puissance mondiale qui agit comme gendarme de la planète.


En France, Nicolas Sarkozy a profité de la force de son verbe, et de son habileté à haranguer les foules, pour jeter de la poudre aux yeux des électeurs et s'emparer du pouvoir. Un pouvoir qu'il exerce de façon flamboyante et en voulant imposer un culte de la personnalité, un peu comme les monarques d'autrefois. Autoritaire, il n'aime guère la critique, comme on a pu le constater lorsqu'il y est aller de son fameux "casse-toi pauvre con" à l'endroit d'un agriculteur qui, par principe, refusait de lui donner une poignée de main. Ce n'est pas sans rappeler un autre paon de la politique, un dénommé Lucien Bouchard, qui s'était lui aussi offusqué de ce qu'un citoyen refuse de le saluer en lui donnant la main. "Vous ne connaissez pas la politesse, monsieur ?" avait tonné le premier ministre québécois, se retournant vers ses aides de camp en leur demandant d'un air furieux : "c'est qui ce gars-là ?" S'il avait régné au moyen-âge, sa majesté Bouchard 1er aurait sûrement fait battre ou emprisonner ce pauvre impoli, coupable de lèse-majesté. Mais dans les cas de Sarkozy et de Bouchard, le charme semble s'être rompu entre eux la "populace". Si bien que Sarko imitera probablement Lucien et se retrouvera, comme lui, dans un cul-de-sac.


Plus près de nous, à Ottawa, le premier ministre Stephen Harper ne s'enfarge pas non plus dans les fleurs du tapis. Et il ne fait pas dans la dentelle en menant son pays "à droite", selon la mentalité de "la loi et l'ordre". Il est aussi cassant, sinon plus, que tous les politiciens que je viens de citer ici. Il peut bêtement bousculer les traditions en prorogeant la session parlementaire soi-disant à cause des jeux olympiques. Il peut traiter cavalièrement la gouverneur général et, un peu comme Duplessis en son temps, décider quels journalistes auront le droit ou le privilège de lui poser des questions, sur un sujet choisi et délimité selon des conditions précises et sévères. J'ai failli avaler mon stylo l'autre jour, quand je l'ai entendu énoncer un diktat selon lequel ce n'est pas à la presse de contrôler le message du gouvernement ! Pfiou ! Dans ce cas, on parle de propagande et on revient presque à la période de la Grande Noirceur. Ou à un état de république de bananes... Visiblement, même à la tête d'un gouvernement minoritaire, Harper peut se permettre d'être insolent, étant donnée la faiblesse de l'opposition. Il semble faire sienne l'assertion voulant qu'en contrôlant l'information, on contrôle le pouvoir...

Dans un article précédent, j'ai rapporté l'aventure du maire de la ville de Québec, le caricatural Régis Labeaume, avec un aristocratique faiseur d'image vedette du nom de Clotaire Rapaille. Ça s'est mal terminé. Un journaliste du quotidien LE SOLEIL, faisant une simple vérification des informations contenues dans le curriculum vitae de Rapaille, a découvert que le coloré personnage avait "embelli" ses états de services, frôlant ce que l'on pourrait appeler à la limite, de la "fausse représentation". La mairie avait négligé de faire ces vérifications diligentes et l'orgueilleux premier magistrat de la vieille capitale aurait dû prendre le blâme pour cette faute. Au lieu d'avouer qu'il avait été victime d'un beau parleur, Labeaume s'en est plutôt pris aux messagers, c'est-à-dire aux médias qui l'ont pris en défaut. Très vindicatif et refusant de reconnaître ses torts, il est entré dans une colère noire au cours d'une conférence de presse qui n'a rien fait pour redorer son blason. Accusant les scribes de pratiquer un "journalisme de colonisés", d'être des "poltrons" et des "spécialistes à cinq cennes", l'homme de petite taille aux grandes ambitions, que l'on qualifie humoristiquement de Napoléon Bonaparte Québécois, a dépassé les bornes en multipliant les attaques personnelles mesquines et méchantes contre certains membres de la presse. La Fédération Professionnelle des Journalistes du Québec a d'ailleurs exigé des excuses pour ces paroles blessantes, indignes de l'honorabilité de la charge publique qu'un maire doit assumer. Un sondage a par la suite révélé que la population de Québec condamnait les propos virulents de Labeaume à l'endroit des journalistes, mais qu'elle lui accordait toujours sa confiance. Le bouillant politicien a fini par s'excuser, du bout des lèvres, pour sa sortie aux allures de règlements de compte.

Il n'en demeure pas moins qu'il fait lui aussi partie de ces hommes publiques qui détestent l'opposition et qui n'acceptent guère d'être contredits. Ils considèrent que les médias devraient être à leur service. Ils voudraient que leurs communiqués de presse soient gobés et publiés, sans rechigner, par des journalistes paresseux qui n'ont pas à contester l'autorité établie. En fait, ils désirent que les médias, que l'on reconnaît de nos jours comme étant le quatrième pouvoir (après les pouvoirs politiques, économiques et judiciaire) se mettent au service de leur propagande. Qu'ils deviennent des outils de leur propre pouvoir.

Comme le disait si bien Coluche, le regretté humoriste français, qui, il y a plusieurs années, avait osé se moquer de la classe politique en se présentant à une élection présidentielle : «À quoi sert le pouvoir, si ce n'est pour ne pas en abuser.» N'entendant pas à rire, ses rivaux, des politiciens de profession, s'étaient déchaînés contre ce "bouffon" qui voulait miner dangereusement leur crédibilité. Et qui avait réussi à le faire, même si son but n'était pas sérieux ! Depuis ce temps, à travers des spectacles ou des émissions d'humour toujours plus nombreuses et sarcastiques, les politiciens sont raillés quotidiennement par des parodies de toutes sortes. Les scandales et les accusations de corruption qui font régulièrement les manchettes, contribuent également à donner le mauvais rôle, ou une mauvaise réputation, aux politiciens. La population n'a pas confiance en eux, et elle voit la politique comme une farce tragi-comique ou cynique. Elle répond de moins en moins aux appels aux urnes, et beaucoup de citoyens deviennent à leur tour des "fourreurs du système", pour emprunter une expression du maire Labeaume au sujet des fonctionnaires de "sa" ville. Cela se traduit, comme en Grèce présentement, à une rupture du contrat social entre citoyens et gouvernants. Rupture provoquée par la fraude généralisée, l'absence de confiance envers les élus, et une trahison des devoirs de chacun à l'égard des responsabilités collectives.

Dans la vie de tous les jours, ça se traduit par le travail au noir qui prive le gouvernement de sommes considérables en revenus de taxes et d'impôts. Ce sont ces riches hommes d'affaires ou ces commerçants spécialistes de l'évasion fiscale, qui cachent leurs millions dans des paradis fiscaux. C'est encore, par exemple, cet éleveur de moutons, qui réclame des subventions pour une centaine de bêtes alors qu'il n'en a que cinquante. C'est ce propriétaire d'un troupeau de bovins qui empoche le double des subventions auxquelles il a droit en déplaçant occasionnellement son bétail, de l'une à l'autre de ses deux fermes, pour faire croire aux inspecteurs gouvernementaux qu'il a deux troupeaux... C'est cette voisine, dont les fleurs magnifiques font l'envie des gens du quartier. Elle les a "piquées" (volées) sans vergogne dans les jardins publics de la ville. "Tout le monde le fait" dira-t-elle pour justifier ses actes, tout en n'ayant pas le moindre remord de conscience civique...(puisqu'elle n'en a aucune)...

Tout ça fait boule de neige et érige la corruption en mode de vie qui peut ruiner un pays entier. "Après moi le déluge" et "au plus fort la poche" semblent les devises du commun des mortels, aujourd'hui. Cet individualisme exacerbé, cette malhonnêteté de plus en plus répandue et cet égoïsme à outrance ont des conséquences néfastes pour nos sociétés modernes axées sur la sur-consommation et les apparences, et bâties sur un consensus fragile. Si nous jugeons que nos gouvernements sont pourris et corrompus, il faudrait nous regarder collectivement dans le miroir pour vérifier s'ils ne sont pas le simple reflet de notre propre image...

C'est un cercle vicieux : plus nous mépriserons nos représentants politiques, plus nous découragerons des personnes de valeur de se présenter aux élections pour servir le bien public. En l'absence de leaders forts, capables d'inspirer la population en mettant de l'avant des valeurs nobles et essentielles à la vie en société, nous courons au devant de graves difficultés. Le "je-m'en-foutisme" général n'est pas une solution à nos problèmes. C'est une attitude facile dans une société démocratique basée sur une généreuse Charte des droits et libertés. Mais cette manière de faire devient de l'irresponsabilité et un danger pour nos enfants quand elle fait fi des devoirs que nous avons envers les générations futures... Cela a un prix. Un prix qui sera d'autant plus élevé si nous payons par carte de crédit en nous contentant de verser le paiement minimum. On sait que ces paiements partiels ou ces défauts de paiement entraînent des pénalités ou des coûts prohibitifs en vertu de forts taux d'intérêt. À force de toujours retarder l'échéance des paiements, on risque de ne plus être capables de payer la note et de devoir faire faillite. Une faillite de pays "riches" vivant au-dessus de ses moyens qui, à la différence des individus déclarant une faillite personnelle, ne verra pas ses dettes accumulées s'effacer comme par magie. Et ça, c'est douloureux... Parlez-en aux Grecs... Vous pouvez donner des bonbons à des enfants, mais...essayez de leur enlever ensuite ! Vous aurez droit à une toute une crise de nerfs et de larmes !

mardi 6 avril 2010

FERRAT ET QUÉBEC : UNE BELLE HISTOIRE D'AMITIÉ...


À plus d'un titre, la soirée du 21 août 2004 aura marqué l'histoire de la ville de Québec. Ce soir-là, après un hommage à la fois touchant et flamboyant rendu par des artistes québécois et plus de 400 choristes appuyés par un orchestre symphonique superbe, le Grand Jean Ferrat, ému jusqu'aux larmes, surprenait la foule immense venue l'acclamer au Colisée Pepsi (photo) en faisant ce qu'il refusait de faire depuis plus de trente ans : chanter en public. Spontanément, comme ça, a capella, sous le coup d'une émotion intense, sans avoir prévenu personne, le maître de la chanson française entonna LA MÔME, le premier succès de sa glorieuse et singulière carrière. Au risque de faire beaucoup de jaloux en France, c'est donc en terre d'Amérique que Ferrat aura bouclé la boucle puisque, par la suite, jusqu'à sa mort survenue le mois dernier à Aubenas, il ne fera plus jamais vibrer les foules avec cette voix si profonde et si juste.

Rares auront été les artistes aussi doués que ce fils d'un immigré russe qui a péri dans un camp de concentration nazi durant la Seconde Guerre Mondiale. Caché et protégé en France par des partisans communistes, le jeune Ferrat (1930-2010) n'oubliera jamais leur aide cruciale et il défendra, avec passion, l'idéal socialiste jusqu'à la fin de sa vie. Cela lui vaudra l'inimitié des représentants de la Droite française qui, pendant de longues années, le censureront et imposeront un boycott de son oeuvre. Ce qui n'est pas étranger à son refus de chanter publiquement en France après 1972.


À partir de l'âge de 42 ans, il ne donnera donc plus de spectacles, estimant également être trop nerveux pour bien performer sur scène. Il se retirait volontairement, pour des raisons de santé, de cette industrie du showbiz qui l'avait boudé et dans laquelle il se sentait mal à l'aise. Pourtant, le fait de fuir les projecteurs et de transgresser les exigences des faiseurs d'image de ce milieu artificiel ne l'empêcheront jamais de demeurer extrêmement populaire. Ce qui est en soi un exploit. Un tour de force impensable pour un chanteur, de nos jours. Même en espaçant beaucoup ses rares sorties d'albums et en limitant au minimum la promotion médiatique de ceux-ci, Ferrat faisait de la publication de ses travaux musicaux des événements importants. Transcendant les modes et les époques, ses dernières compilations (an dernier) l'avaient encore propulsé au sommet des ventes de disques dans son pays.

Cette carrière unique en son genre étonne encore plus lorsque l'on sait qu'à ses débuts dans le métier, les maisons de disques ont refusé ses chansons, sous prétexte qu'elles étaient hors normes et trop poétiques pour intéresser un large public. Ferrat les fera mentir par la suite, en tranformant notamment en chefs-d'oeuvre musicaux des poèmes d'Aragon, dont la diffusion a connu un succès retentissant. Sa plus grande réussite, dira-t-il en fin de carrière, aura été justement de faire chanter des oeuvres de grands poètes par des gens de la rue, dans la vie de tous les jours. Une douce revanche sur ceux qui l'ont découragé à ses débuts.


Après avoir pris sa retraite de la scène, Jean Ferrat se réfugie à Antraigues, en Ardèche (sud-est de la France). Dans cet humble village de 600 âmes, il insiste dès le début pour que les habitants le considèrent comme un homme ordinaire, un ami, pas une vedette. De 1973 jusqu'à son dernier souffle, il vivra heureux avec son épouse dans sa maison entourée d'un grand jardin et située près de la fameuse MONTAGNE qui lui a inspiré une chanson qui fera le tour du monde et deviendra son plus grand succès. À son grand étonnement, d'ailleurs. Humble parmi les humbles, cet artiste pourtant extraordinaire, était d'une simplicité désarmante tout en possédant un charisme exceptionnel. Ses 200 chansons, il les a ciselées comme des bijoux, lentement, à force de talent et de patience, comme son père qui était artisan-joailler. Ses harangues politiques, il les a taillées dans la dureté et l'éclat du diamant. Ses mélodies d'amour et d'amitié, il les a couvertes de beauté et de tendresse avant de les offrir au public comme des bouquets de roses. Comme l'aurait fait sa mère, qui était fleuriste.

Au Québec, on préférait peut-être ses chansons d'amour à ses compositions plus politiques. Si nous trouvions le style deBrassens étrange et saccadé; si Ferré nous paraissait un peu trop triste et tragique; si Aznavour nous avait un peu froissé en chantant en anglais à Québec; si on avait entendu dire queBrel n'aimait guère le Québec et ses habitants; Ferrat, lui, parmi tous ces géants de la chanson, faisait l'unanimité dans la Belle Province. Qu'il était donc FIN cet homme, pas prétentieux pour deux sous ! "Fin" comme on le dit typiquement dans la manière de parler québécoise. "Fin" dans le sens de gentil, et d'amical. "Fin" aussi parce que ses chansons sont pleines de finesse et d'esprit. Qu'elles sont portées magnifiquement et subtilement par le vaste registre émotionnel de sa voix, véritable miroir de son âme généreuse.


Jean, comme nous avions toujours envie de l'appeler familièrement, se sentait bien parmi les Québécois. Alors qu'il refusait systématiquement la plupart des engagements en France, il avait accepté tout de suite et avec enthousiasme d'être l'invité d'honneur de la Semaine Internationale de la Chanson, à Québec, à l'été de 2004. Il aimait particulièrement le Vieux-Québec, le quartier historique de la vieille capitale. Il y a passé dix jours. Le courant passait très facilement entre lui et les habitants. Ça cliquait naturellement, comme avec Renaud, un autre chouchou des Québécois de Québec. Bien au fait de l'incessant combat des Québécois pour conserver cette langue française dont il était lui-même un vigoureux défenseur, voici ce qu'il avait déclaré au sujet du Québec :

«C'est un pays que j'aime. J'y ai des amis, des chanteurs, le plus ancien étant Gilles Vigneault. Je connais le Québec pour y avoir constaté l'évolution d'un peuple qui affirme, avec authenticité, son identité, sa personnalité. J'aime l'amabilité des Québécois, la façon qu'ils ont d'entrer en contact, leur enthousiasme.»

Apprenant que les artistes qui lui rendraient hommage étaient réunis pour casser la croute dans un hôtel de la ville, Ferrat les avait rejoint pour les remercier et fraterniser avec eux (Daniel Boucher, Laurence Jalbert, Patrick Norman, Isabelle Aubret). Avant le spectacle il avait aussi salué individuellement et respectueusement quelques choristes qui passaient près de lui.

Manifestement impressionné par la richesse des arrangements réalisés par les musiciens de l'orchestre symphonique, ébloui par la qualité de l'interprétation de ses oeuvres par des artistes inspirés et très professionnels, subjugué par la force des 428 voix des choristes qui le chantaient, touché par les ovations de la foule, Ferrat est monté sur scène et c'est là que le miracle s'est produit. Il a remercié ses admirateurs en chantant pour eux, une dernière fois. Un privilège ultime, tellement inespéré et inattendu qu'aucun enregistrement n'a malheureusement immortalisé cet instant précieux. Mais les gens de Québec s'en souviendront longtemps. Après tout, en souvenir de leurs ancêtres français, leur devise n'est-elle pas JE ME SOUVIENS ?

En signe d'adieu et d'amitié, voici un diaporama sur Ferrat, accompagné justement d'une de ses compositions, TU AURAIS PU VIVRE. Il s'agit sans doute d'une des plus belles chansons écrites sur l'amitié. En plus, elle décrit un peu la vie du grand homme dans son refuge adoré d'Antraigues, qui, à n'en pas douter, deviendra un lieu de pèlerinage pour ses nombreux admirateurs du monde entier.

jeudi 18 mars 2010

RAPAILLE DÉRAILLE À QUÉBEC...

Le grand spécialiste du marketing/branding, le Dr Clotaire Rapaille (photo), a récemment soulevé une controverse en raison des propos "épicés" qu'il a tenus sur la ville de Québec et ses habitants. En début d'année, le maire de la capitale du Québec, Régis Labeaume, lui a confié le mandat de "rajeunir" l'image de la ville car il estime que la désignation de "vieille capitale", qui s'est imposée d'elle-même au fil des ans, n'est pas adéquate et identifie mal la cité de Champlain fondée en 1608. Tout comme le Dr Rapaille, le maire Labeaume est un personnage haut en couleur, dont les jugements sont souvent tranchants. Ancien homme d'affaires, homme d'action, il n'aime pas les atermoiements et les tergiversations. Son expérience en entrepreneurship le rend sensible aux concepts de commercialisation, de rentabilité et de mise en marché qu'il désire insérer dans une nouvelle dynamique visant la renommée et la prospérité de "sa" ville. Dans ce contexte, et dans son optique, le titre de "vieille capitale" n'est pas assez "vendeur" pour positionner Québec sur l'échiquier mondial.

Des observateurs de la scène municipale, de même que plusieurs citoyens, sont loins d'être convaincus du bien-fondé de la démarche du maire. La résistance au changement fait partie de la nature humaine. Un autre groupe de résidents, (dont je fais partie), approuvent l'initiative du conseil exécutif de la ville (entièrement soumis au maire), mais sont loins de donner leur bénédiction au premier magistrat de la ville sur la façon et les moyens qu'il emploie pour parvenir aux résultats souhaités. D'abord, pour engager Rapaille, on a procédé arbitrairement, sans consultation, en contournant plus ou moins honorablement le processus d'appel d'offres. C'est la méthode Labeaume. Mener la ville comme une entreprise familiale, sans s'embarrasser d'un conseil d'administration (conseil municipal) et sans se faire mettre des bâtons dans les roues par des syndicats.


M. Labeaume (photo ci-dessus) ne cache même pas que la lourdeur bureaucratique l'exaspère et que les séances du conseil municipal lui semblent des pertes de temps. Il a horreur de devoir composer avec l'opposition et, puisqu'il est indépendant de fortune, il avait laissé savoir avant l'élection de l'automne dernier, que si la population ne votait pas massivement pour lui et son équipe, il abandonnerait et donnerait sa place à un autre. L'électorat a bien compris et seuls deux conseillers indépendants ont survécu au raz-de-marée Labeaume. Mais encore là, l'ambitieux maire aurait préféré ne pas avoir d'opposition du tout. D'ailleurs, dès la première séance du conseil, qui a suivi son "triomphe" électoral, le maire y est allé d'attaques mesquines à l'endroit d'un conseiller indépendant qui a le "tort" d'être un catholique pratiquant. Sur un ton sarcastique, M. Labeaume a dit se méfier des gens trop vertueux ou religieux. Une attitude, des allusions et des remarques inacceptables de la part d'un homme en charge d'une ville. Il a le devoir de représenter les Québécois et de donner l'exemple en matière de courtoisie, de "fair play" et de respect de la démocratie.

Le Dr Rapaille a hérité du contrat de près de $ 300 000 de la ville de Québec, probablement parce qu'il avait charmé son maire. Expert en "vente", le diplômé de la Sorbonne âgé de 68 ans est d'abord un maître dans l'art de vendre ses propres services. Verbo-moteur et s'échauffant facilement devant les caméras, comme M. Labeaume d'ailleurs, il a certes des atomes crochus avec lui. Mais de là à décrocher un tel contrat sans passer par le processus normal d'appel d'offres, il y a des limites. D'autant plus que les finances de la ville ne sont pas au beau fixe. En quelques mois, la dette municipale a doublé et on semble avoir perdu le contrôle sur les dépenses relatives à la masse salariale des employés et de leur extravagant régime de retraite. Dans la dernière crise financière internationale, qui perdure toujours depuis l'an passé, on a vu que des problèmes semblables ont acculé à la faillite de puissantes compagnies (ex., General Motors). Et des états entiers ont même perdu leur "gouvernail" en vivant au-dessus de leurs moyens et en basculant dans un gouffre financier ou un bourbier inextricable. On constate la situation budgétaire précaire de pays comme l'Islande, le Portugal, la Grèce, l'Italie et l'Espagne. Avant que la situation ne dégénère, la richesse collective est toujours invoquée comme contre-poids à l'importance du boulet de la dette publique. Jusqu'à ce que les bailleurs de fonds, prenant peur devant l'emballement de l'endettement, décide soudain de rappeller leurs prêts, et que, pour arriver à les rembourser, le pouvoir politique doive imposer des mesures coercitives de restrictions des dépenses qui touchent les citoyens et leur portefeuile.

De tels programmes d'austérité troublent à leur tour la paix sociale en provoquant la colère et la révolte des contribuables qui en ont assez de payer pour la maladresse, les mensonges et l'incompétence de dirigeants qui les font crouler sous le poids de lourds impôts, de taxes élevées et d'augmentations répétées de tarifs de tous genres. Nous sommes loins d'être à l'abri d'un tel scénario catastrophique même si la réputation de nos institutions n'est pas encore trop "écornée" aux yeux de nos banquiers.

Alors, quand un psychanaliste aristocratique français comme le Dr Rapaille vient faire son spectacle de voltige verbale en les flattant d'abord pour avoir leur argent, puis en les affublant de clichés ridicules sur leur identité, les gens de Québec ont bien raison de s'interroger sur tout ce cirque et sur la sagesse de leur maire qui a mis tout ce processus en branle au risque de devenir le dindon de la farce quand les projecteurs s'éteindront. Le slogan publicitaire que le Dr Rapaille doit trouver pour amener de l'eau au moulin "touristique" de la ville, a besoin d'être génial pour justifier l'argent (emprunté) qu'il aura coûté !

Et cette image synthèse qu'il livrera, et qui nous présentera à la "visite", devra être authentique. On ne peut usurper une identité. Elle doit être vraie même si on comprendra que lorsque l'on reçoit de la visite, on prend le soin de s'endimancher avant qu'elle arrive... Ce ne peut être la vision irréelle d'un maire, aussi bien intentionné soit-il, désireux de voir sa ville projeter une image rêvée, épousant son idéal commercial... Sinon c'est de la fausse représentation et le client risque de se plaindre et de faire de la mauvaise publicité quand il retournera chez lui. Ce qui est exactement le contraire de l'objectif visé. La capitale du Québec a suffisamment d'atouts à mettre en évidence pour ne pas en inventer qui seraient faux. De toute façon, beaucoup de spécialistes et de gens ordinaires ne pensent pas qu'une campagne publicitaire, aussi bonne soit-elle, puisse avoir un impact majeur pour attirer massivement des touristes dans une ville.

Devant les critiques et les cris des sceptiques, Clotaire Rapaille a paru étonné tout en soulignant qu'il préférait de loin avoir des réactions passionnées que de se heurter à un mur d'indifférence. Il a néanmoins senti la nécessité d'expliquer sa méthode de travail. Elle est éprouvée et a déjà porté fruits, mais elle n'est ni infaillible ni garantie. Là n'est pas le problème. Le malaise qu'il a créé émane des réflexions superflues qu'il a faites à mi-chemin de son mandat. On ne voit pas pourquoi il ressort ou ressasse ces histoires de relations sado-masochistes avec les anglophones, de complexe de porteurs d'eau sans envergure, de villageois souffrant d'un sentiment d'infériorité par rapport aux gens de Montréal, de racontars à propos de radios poubelles diffamatoires, du risque de vieillissement des citoyens québécois réduits à l'état de séniles mangeurs de poutine... Toute cette mise en scène et cette diarrhée verbale étaient inutiles et notre beau parleur aurait été mieux servi par une saine discrétion, du moins jusqu'à ce qu'il remette son rapport final. Rapport pour lequel nous avons chèrement payé mais que nous ne verrons peut-être même pas. Rapaille rebute généralement à révéler ses secrets. Il y a aussi la forte possibilité que la montagne ou l'éléphant Rapaille accouche d'une souris. Auquel cas, il aura roulé Labeaume dans la farine, et nous avec, sans que l'on ait un mot à dire.

J'interrogeais justement mon coiffeur aujourd'hui pour avoir une idée du sentiment populaire sur toute cette affaire. C'était l'unanimité chez ses clients : nous n'avons pas besoin de payer grassement un étranger, si illustre soit-il, pour qu'il vienne nous dire qui nous sommes et comment il faut mettre la ville en valeur pour attirer les touristes. La marque de commerce de Québec ne se trouve pas nécessairement dans les codes analytiques mystérieux et les formules magiques de Clotaire Rapaille. Après plus de quatre cents ans de vie dans ce pays, nous connaissons mieux que personne notre identité et ce qui est souhaitable pour la capitale dans l'avenir. Nous avons un office du tourisme, des professionnels compétents et des comités de citoyens qui peuvent faire le travail sans que ça nous coûte une cenne supplémentaire. Mais malheureusement pour nous, le maire Labeaume n'a pas confiance en nos employés et trouve les exercices démocratiques oiseux et ennuyeux. C'est toujours le danger de céder au chantage émotif d'un fort en gueule qui table sur ses réussites passées pour nous demander de signer des chèques en blanc. Vous le plébiscitez et après, il se croit tout permis. Comme s'il disait à "sa" ville : "sois belle et tais-toi".

lundi 1 mars 2010

GAÉTAN BOUCHER : LE HÉROS OUBLIÉ...


Au moment où les Canadiens sont en liesse et célèbrent avec raison les succès formidables de leurs athlètes aux Jeux Olympiques de Vancouver, le plus grand héros canadien de l'histoire des J.O. d'hiver est oublié dans son coin, triste, amer, fâché. Cet immense champion, qui fut le seul à sauver l'honneur du Canada aux temps où les athlètes du pays ne gagnaient pratiquement aucune médaille, a été ignoré, écarté des hommages et des honneurs, c'est Gaétan Boucher. Les organisateurs des Jeux de Vancouver ne l'ont pas invité à prendre la place qui lui revenait à la tribune d'honneur des cérémonies ou pour allumer la flamme olympique.

Personne ne méritait mieux ce geste de reconnaissance que ce splendide patineur de Québec (Charlesbourg) qui a été l'inspiration de tant d'athlètes qui ont commencé à gagner aux J.O. à partir de 1994. N'ayons pas peur des mots, oublier ainsi Gaétan, c'est un scandale, une injustice flagrante, une ingratitude honteuse, impardonnable. Oui, Gaétan peut bien être blessé et se sentir trahi. Ce n'est pas qu'il recherche les projecteurs et les feux de la rampe. Il est très humble. Peut-être trop d'ailleurs... Mais il aurait voulu qu'on se souvienne de ses réalisations, de ses efforts herculéens, de ses souffrances lors des entraînements, de sa cheville fracturée en 1983, des sacrifices énormes qu'il s'est imposés pour représenter son pays sur des scènes internationales parfois hostiles.


Aux Jeux de 1980 et de 1984, Boucher a remporté quatre des six médailles olympiques du Canada ! Et il a été un des meilleurs de son pays aux Jeux de 1976 et de 1988. Frêle, maigre, timide mais entêté, il était champion canadien à 14 ans ! Champion du monde à 19 ans ! Détenteur du record mondial au 1 000 mètres à 22 ans. Pratiquement seul, sans grands moyens, ni super entraîneurs. Champion, seul contre des compétiteurs étrangers jouissant de mille avantages par rapport à lui. Une lutte inégale, déloyale, folle, de laquelle il est sorti gagnant contre toute attente, contre toute logique. Sans drogue, proprement, avec fair play... Simplement héroïque ! En son temps, quels exploits aurait-il pu accomplir avec les millions de dollars donnés à ceux qui viennent de se couvrir de gloire en patinant dans le chemin qu'il a tracé pour eux ? Dans une grande majorité de pays, il serait presque vénéré. Ici, il a été mis de côté...

D'accord, Gaétan Boucher a été fêté et il a eu sa part de récompenses : des titres d'athlète de l'année, des lieux ou bâtiments qui portent son nom, des médailles du gouverneur général ou de l'Assemblée nationale du Québec. Mais c'est au retour vibrant des Jeux Olympiques dans son pays, à Vancouver, qu'il aurait aimé être simplement salué. Porter la flamme olympique dans le grand stade, être avec les athlètes, dans un monde qu'il a tant aimé et qu'il adore toujours. Être reconnu par les siens, maintenant détenteurs du record pour le plus grand nombre de médailles d'or (14) dans l'histoire des J.O. d'hiver. Lui, le pionnier solitaire, qui a physiquement payé le prix pour devenir champion, de peine et de misère, sans beaucoup de soutien, et sans l'adulation actuelle réservée aujourd'hui à ceux qui récoltent ce qu'il a semé... Il peut bien avoir le coeur serré. On l'aurait brisé à moins...

mercredi 24 février 2010

FORTE, ÉMOUVANTE ET ADMIRABLE JOANNIE !

Peu d'athlètes ont pu maîtriser une situation aussi difficile que celle à laquelle a fait face la patineuse artistique Joannie Rochette. Mardi le 23 février 2010 aux J.O. de Vancouver, confrontée au deuil de la mort subite de sa mère, elle devait performer au plus haut niveau et faire fi de la pression énorme écrasant ses frêles épaules. Ceux qui ont essayé de vaincre une telle adversité, dans une discipline sportive où l'équilibre émotionnel est aussi primordial que l'équilibre sur patins, doivent être extrêmement rares. Plus souvent qu'autrement, incapables de se concentrer et d'oublier leur malheur et leur tristesse, des compétiteurs plus coriaces ont renoncé, ont échoué ou se sont effondrés. Pas notre forte Joannie, notre fierté nationale ! Elle a livré la meilleure performance de sa vie ! Chapeau !

Dans les images (voir diaporama ci-dessous) qui nous sont parvenues d'elle avant que la tragédie la frappe brutalement, on la voit confiante et souriante. Durant les entraînements qui suivent l'annonce de la terrible nouvelle, on la voit souffrir, douter et ramasser son coeur en mille miettes. Puis vient la performance sans faute, éclatante, devant les yeux de millions de téléspectateurs touchés par son exploit. Un exploit qui va bien au-delà d'une médaille olympique et qui mérite plutôt une couronne de reine du stade !

Bien sûr, comme dans tous les pays, il y a des racistes au Canada, des anglophones qui n'aiment pas les francophones du Québec, ces "nègres blanc d'Amérique". Mais gageons que la courageuse Québécoise de l'Île-Dupas avaient beaucoup d'amis de toutes les races dans les estrades devant lesquelles elle a si bien patiné et dans des millions de foyers où tous les Canadiens ont pu apprécier sa brillante performance par le truchement de la télévision. Les yeux secs devaient être rares. Car voir une amie pleurer...comme a si bien écrit l'immortel Jacques Brel, et comme le chante magistralement Lara Fabian, ça remue bien des sentiments, sauf la haine et le racisme...

lundi 22 février 2010

COURAGE JOANNIE !


Après le décès subit de sa mère, on ne sait trop comment la championne canadienne de patinage artistique, Joannie Rochette, trouvera le courage de compétitionner aux Jeux Olympiques de Vancouver. On peut à peine imaginer quel bouleversement la jeune femme de 24 ans vit actuellement. Un tel drame, comme celui du lugeur de la Géorgie décédé juste avant l'ouverture des Jeux, ravive l'esprit de famille et les valeurs les plus fondamentales des athlètes qui participent aux Olympiques. Bon courage et bonne chance à Joannie !

Le montage de photos qui suit a été fait sur la chanson D'UNE MÈRE À SA FILLE de Dark Sanctuary. En changeant deux mots des paroles de cette oeuvre, cela pourrait tout aussi bien devenir D'UNE FILLE À SA MÈRE...

«Serre moi encore contre ta poitrine,
Puis touche le ciel aux côtés des anges,
Puis reviens parmi nous,
Ou tu prendrais sans doute Sa couronne,
Dors, plus rien ne te touche maintenant,
Mes yeux pleurent mes espoirs,
Le souvenir de ton sourire,
Ton être tout entier.

Où que tu sois, ne m'oublie pas,
Ici ta voix résonnera encore et toujours,
C'est un nouveau monde qui s'ouvre à toi...
Mais c'est un monde où je ne suis pas.»

samedi 6 février 2010

SEXE OU BACON ? POURQUOI PAS LES DEUX !

Un récent sondage révèle que 43% des Canadiens préfèrent le bacon au...sexe ! Le pourcentage varie d'une province à l'autre. Ainsi, en Colombie-Britannique, il s'élève à 50%, tandis qu'au Québec il baisse à 37%. Avis aux femmes qui se parfument pour séduire leur homme : 23% des "mâles" préfèrent l'odeur du bacon à toute autre odeur... Enfin, 18% des répondants affirment que, certains jours, ils ne pourraient pas survivre sans bacon.

Mais quelles réponses les sondeurs obtiendraient-ils si, comme sur la photo ci-haut, ils offraient aux gars à la fois bacon et sexe, ou bacon sur sexe ? Hum... Difficile de choisir. Ils prendraient sûrement les deux !

«Les premières étreintes sont toujours un peu ratées. On se jette l'un sur l'autre, à l'aveuglette; poussé par trop de hâte on ne prend pas le temps de faire connaissance avec une peau, une odeur, un sexe étrangers.»

Françoise Giroud, Extrait de Mon très cher amour.

«Le sexe, comme la nourriture, peut se consommer n'importe quand, n'importe comment, avec ou sans faim. Mais l'intimité, comme la saveur, vient par surcroît.»

Altaf Tyrewala, Extrait de Aucun dieu en vue.

lundi 18 janvier 2010

DÉSASTRE EN HAÏTI : FAUT-IL VRAIMENT TOUT MONTRER ?

Après un désastre terrible comme celui du tremblement de terre en Haïti, c'est certain qu'un média d'information comme la télévision a le devoir de nous sensibiliser à l'urgence de faire notre part pour aider ces pauvres gens qui étaient déjà très pauvres et qui ont perdu le peu qu'elles avaient... Et on ne parle ici que des biens matériels que l'on pourra peut-être remplacer grâce à l'aide internationale. La perte d'êtres chers, elle, ne peut pas être comblée. Ce qui plonge les survivants dans le deuil et le désespoir. Dans le chaos qu'est devenu Port-au-Prince, tout le drame humain est exacerbé. Des actes d'héroïsme des sauveteurs, du total don de soi et de la charité la plus louable jusqu'aux bas actes de pillage, de violence, d'exploitation éhontée; tout y passe entre la grandeur humaine et ce que l'humanité a de plus honteux ou affreux. L'éternelle histoire de l'ange et de la bête, ou des deux côtés de la médaille...

Dans cet état où tout est sans dessus dessous, où la confusion règne partout, jusqu'à quel point les médias peuvent vraiment traquer la réalité et la vérité ? Alors que le ouï-dire est roi et les apparences peuvent être si trompeuses quand personne ne sait trop ce qui se passe... On voit donc sur nos écrans de télé, des reporters qui se promènent à travers les décombres et les victimes, ne sachant pas trop quoi dire mais insistant pour nous montrer la catastrophe sous tous les angles et la misère sous toutes ses coutures... Il faut bien faire un bon show comme s'il s'agissait d'un film d'horreur.

On connaît la formule à succès de la presse : les trois "S". "S" pour sports; "S" pour sexe; "S" pour sang. On pourrait ajouter : "S" pour scandale, et "S" pour sensations. En tout cas, ce qui compte surtout, peu importe le sujet, c'est d'avoir de bonnes images, des images qui frappent l'imagination. Des images comme celles de l'effondrement des tours du World Trade Center à New York que l'on n'a pas cessé de nous repasser en boucle. Peu importe que l'on ait des informations fiables, il faut faire un spectacle. Sans faire trop d'efforts pour faire comprendre. C'est superficiel, mais c'est payant car c'est vendeur.

Ainsi, en fin de semaine, était-il bien nécessaire de faire ce qu'a fait le journaliste Richard Latendresse, du Réseau TVA, c'est-à-dire suivre un camion rempli de cadavres de sinistrés haïtiens jusqu'à un dépotoir et de "l'admirer" déverser son macabre contenu à travers les ruines ou dans une fosse commune ? Ça ressemble à du "voyeurisme" de la pire espèce, du sensationalisme nécrophage... Un peu de retenu, de pudeur, de respect ne font jamais de tort. C'est bien connu, la modération a bien meilleur goût... Le contraire écoeure au plus haut point.

«Les médias tiennent leurs informations moitié des gens qui souhaitent faire dire du bien d'eux-mêmes, moitié de ceux qui voudraient faire dire du mal des autres.»
Philippe Bouvard.

«La télévision est un média finalement assez grossier, qui a toujours privilégié l'émotion.»
Christine Ockrent.

«Les médias donnent à voir, pas à réfléchir, encore moins à comprendre. L'image ment lorsqu'elle isole.»
Paul Lombard.